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Interdire le “salafisme” : peut-on sérieusement interdire une impression ?

La proposition pourrait faire sourire si elle n’était pas sérieuse. Pourtant, elle émane d’un ancien premier ministre qui propose d’interdire le salafisme pour lutter contre le terrorisme…Cette « proposition » illustre trois choses:

  • La terminologie que nous utilisons (islamisme, fondamentalisme, radicalisme…) ne renvoie que vers des impressions.
  • Tant que le radicalisme n’aura pas de signification claire, neutre et objective, l’étude de l’activisme violent restera à l’état embryonnaire étant donné qu’on ne sait pas ce que cela veut dire.
  • Notre fascination à rechercher des causes strictement exogènes (islam, immigration, salafisme, islamisme…) pour expliquer les maux de notre société et notamment le terrorisme et l’activisme violent.

Au risque de surprendre, le salafisme tel qu’il est entendu dans un sens commun, politique et/ou médiatique n’existe pas. Je ne dis pas que le « rigorisme religieux »  qui mène ou non à la violence est un mythe, mais imaginer que des individus s’identifient et se nomment eux-mêmes « salafistes » est une chimère. De la même manière, imaginer que des mosquées se revendiquent publiquement ou secrètement « salafistes » est également un fantasme. Il y a bien des individus qui se sont, certes, réclamés des « salafs » ( les “salafs” représentent les proches prédécesseurs du prophète de l’islam) en France à travers des attitudes ascétiques, mais ces revendications n’ont jamais été répendues ou uniformisées. L’ascétisme religieux en France lié à une pratique islamique ne date pas d’hier. Dans les années 80, la « grande mode » pour les convertis ou ceux qui se trouvaient une soudaine ferveur religieuse était de séjourner 40 jours au Pakistan : Coran, turban, pantalon court, barbe, djellaba, siwak dans la bouche, parfum à bille dans les poches, chaussettes de cuir… Il y avait une volonté d’imiter la vie du prophète, pour autant la référence aux « salafs » n’était ni automatique ni particulièrement généralisée.

Interdire un groupe constitué autour d’un noyau dur et identifié comme « Forzane alizza » par exemple, qui avait été dissous sous la présidence de Sarkozy était par contre tout à fait possible et réaliste, y compris juridiquement : le groupe avait une existence objective ! D’ailleurs, l’opération fut rapide et se fit avec succès.

Le salafisme, dans son usage de masse actuel, n’est qu’un mot plus ou moins récent qui remplace progressivement les termes vieillissants d’intégrisme, de fanatisme ou de fondamentalisme. On comprend d’ailleurs mal la différence entre un fondamentaliste et un salafiste. Ces qualificatifs n’existent que dans l’esprit de ceux qui possèdent le pouvoir de nommer : aucun activiste violent ou adepte d’une forme de rigorisme religieux ne vous dira qu’il est un salafiste, un fondamentaliste ou un islamiste. Ces termes signifient tout simplement chez leurs utilisateurs un « islam pas bien ». Sans plus de précision. Imaginer le salafisme comme un ensemble d’individus ou de groupes parfaitement constitué, identifié avec des structures concrètes est totalement absurde.

Etant donné que le salafisme réside pour nous à l’état d’impression, il est difficile de lutter physiquement contre quelque chose de vague. Comment définir le salafisme ? Par des habitudes vestimentaires : turbans, pantalons au-dessus de la cheville et djellaba ? Une telle manière de se vêtir est-elle illégale ? Non. Par des pratiques isolationnistes : un entre-soi religieux, social, cultuel et culturel ? Est-ce illégal ? Non. Par une volonté de s’en tenir à une parfaite imitation du prophète ou de ses compagnons ? Dès lors qu’il n’y a pas d’attitude allant à l’encontre de la loi, est-ce interdit ? Non.

La proposition de lutter contre le salafisme est non seulement grotesque mais farfelu. Si par salafisme, l’ancien ministre sous-entends une manière de se vêtir, de s’isoler et d’adopter un mode de vie supposé être ascétique sans qu’il y ait de conduite illégale, alors la proposition est intenable. Si par salafisme il entend terrorisme, alors forcement il faudra lutter contre, et proposer d’interdire les groupes terroristes… En voila une proposition incroyable…

Cela reste néanmoins toujours plus facile que de chercher des implications sociales et économiques à l’activisme violent en France. Valls avait à l’époque d’ailleurs appelé cela des « excuses » sociologiques, psychologiques etc., alors que des extraits du rapport IFRIqui sera disponible dans son intégralité le 10 avril (« 137 nuances de terrorisme. Les djihadistes de France face à la justice ») montre la réalité de ce que je nomme dans mes travaux des « constantes » comme l’origine sociale et géographique, le niveau scolaire, l’errance professionnelle, la pauvreté…

Il est toujours plus facile d’attribuer une cause exogène à la violence ou à nos maux : c’est la faute de l’islam qui contient les germes de l’antisémitisme et tant pis si l’islam est une religion sémitique. C’est la faute de l’islam qui contient les germes de la violence sociale et tant pis si la grande majorité de la population musulmane de la planète n’est pas violente, et tant pis si cet ensemble comprend et applique l’islam comme un vecteur de paix, même si chaque musulman prononce le fameux « allahou akbar » à travers ses prières quotidiennes 270 fois par jour.


La religion, une affaire strictement privée ?

Category : politique

La religion est souvent perçue au sein de l’imaginaire et de l’opinion comme une affaire privée. Perception collective probablement renforcée par la croyance en une laïcité comprise comme un outil politique de lutte et d’interdiction à l’égard du fait religieux dans « l’espace public ».

Cette perception première est source de confusion. D’une part elle ne précise pas ce qui doit être relégué ou confiné au privé (la croyance ou la pratique ?), et ensuite elle invite à penser la religion comme un acte strictement individuel et personnel ce qui est un non-sens sociologique. En effet, la religion fut avant tout un outil de régulation social. Dit autrement et de manière simplifiée, elle fut avant tout un moyen d’organiser la vie collective. Le principe est toujours vrai aujourd’hui.

Pour organiser la vie sociale, les « moyens de contrainte » (lois, normes, valeurs, morales…) doivent être explicites. Il faut donc que la religion et ses moyens de contrainte soient « en dehors » et non « en dedans », qu’ils soient visibles et non cachés, qu’ils soient connus et non ignorés, en d’autres termes : que la religion ne soit pas privée ou individuelle. Certes, de nos jours en France, les outils de contrôle et de régulation du social ont été majoritairement confiés à l’Etat mais cela n’empêche en rien la religion de continuer son rôle régulateur vis-à-vis de ses adeptes désormais et non plus vis-à-vis de la société dans son ensemble. La foi est certes une affaire privée ou intime dans le sens ou l’on ne peut contraindre l’autre à croire, mais la pratique ne peut être tournée vers le soi uniquement. L’essence du religieux est foncièrement sociale.

Prenons en guise d’illustration, la notion de charité chrétienne. Elle est éminemment tournée vers l’autre, vers les autres. Elle n’a aucun sens en dehors de cette direction. Tout comme la fréquentation de l’église qui vise une forme de communion et « d’agir ensemble ».

Même chose pour l’islam qui insiste lourdement sur l’intérêt de la prière en groupe (à la mosquée donc) ou sur le respect des droits du voisin et des obligations du fidèle vis-à-vis de lui. L’intérêt est communautaire (au sens sociologique) et vise l’instauration d’une solidarité forte entre les membres qui composent le collectif. Là encore, l’orientation du religieux est fondamentalement sociale.

Idem enfin pour les Dix Commandements, et / ou les Dix Paroles. Il serait illusoire de penser qu’il ne s’agit que là que de recommandations strictement personnelles visant simplement le salut de l’âme. Ils jouent également un rôle visant une homogénéité des pratiques sociales (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas transgresser les liens du sang…) et donc des comportements en collectivité et cela, afin de les « uniformiser » dans un but de « pacification » du social à travers une direction commune (intériorisation des normes et valeurs reconnues et partagées).

Pour revenir rapidement à l’islam, c’est d’ailleurs le sens presque premier du concept de « djihad » qui, ainsi que le souligne l’historienne Jacqueline Chabbi (cf : Le Seigneur des tribus), renvoie davantage vers une idée d’action du groupe, d’action collective, « d’agir ensemble » que vers l’idée de « guerre sainte », disqualifiant un peu plus, au passage et dans ce cas, la religion comme affaire privée.

On soulignera par la même occasion que les moyens de régulation social peuvent être multiples voire concurrentiels au sein d’un même système. La déclaration d’Abdelkader Merah lors de son procès en est une illustration :

« L’islam n’est pas un costume que l’on met en rentrant chez soi et qu’on enlève quand on sort (…) Je ne reconnais aucunement les lois forgées par l’homme, exclusivement les lois légiférées par le créateur qui est Allah. »

On aperçoit ici clairement une opposition entre un système de contrôle et de régulation incarné ici par le religieux, comparé à un autre incarné par les normes et valeurs sociétales, alors que chez une grande majorité de musulmans au quotidien, il y a cohabitation entre les deux systèmes, ou du moins, existence de feed-back entre eux (« Ma religion m’impose ceci, mais la loi ne le permet pas, comment dois-je agir pour trouver un compromis ? »).

C’est d’ailleurs un point important que les défenseurs de la « déradicalisation » se doivent de prendre en compte : la concurrence et le conflit entre plusieurs modèles de régulation. Comment déconnecter un système pour le « remplacer » par un autre ? Plus complexe et à une étape supérieure : comment faire communiquer deux systèmes de régulation social (religieux, ici islamique, et sociétal) en neutralisant la perspective conflictuelle alors que celle-ci est perçue dans l’imaginaire et l’opinion comme inévitable voire naturelle.

Ainsi donc, pour en revenir au thème central de ce billet, d’un point de vue sociologique ou même fonctionnel, la religion ne peut être une pratique strictement privée. Même si l’on prendrait en exemple une religion « locale » ou non-universaliste (hindouisme, judaïsme…), une pratique qui serait strictement privée, sans impact social, serait peu envisageable ou réaliste à moins de vivre une retraite totale et volontaire.

Pour focaliser sur le cas français et aborder brièvement l’aspect juridique, même sous le prisme de la laïcité, la religion ne peut être une affaire privée. Schématiquement, la laïcité française n’est qu’une garantie de neutralité religieuse, philosophique et/ou politique de l’Etat, de ses institutions et de ses agents. Dans cette optique, la pratique religieuse des fonctionnaires ou assimilés comme tels, n’est même pas reléguée au privé mais à l’extra-professionnel.

C’est généralement une mésinterprétation et une surexposition de la notion de laïcité qui génèrent une confusion qui invite à penser la religion reléguée à la sphère privée.

C’est également, dans une moindre mesure, une confusion qui peut être faite entre laïcité et sécularisation qui peut entretenir une telle confusion.

Et c’est enfin une méconnaissance de la notion de liberté de conscience et de culte, à travers une dissociation artificielle entre les deux principes pourtant conjoints, qui entretient le non-sens de la religion comme fait strictement privé.


La “radicalisation de la laïcité” a plus de sens que la radicalisation liée à un contexte islamique.

La radicalisation, terme majoritairement associé à l’islam en France, est un terme “fourre-tout”, sans grande signification. Ainsi que je tente de le démontrer au sein de mes travaux à travers une analyse éminemment sémantique, tant que les repères normatifs du radicalisme ne seront pas explicités et à partir du moment ou “le radicalisme” sera compris comme une idéologie de l’extrême (actes et ou pratiques), la notion ne possédera aucun sens. Inversement, l’expression “radicalisation de la laïcité” utilisée par E. Macron ce 21 décembre 2017 semble tout à fait défendable. Comment l’expliquer?

Lorsque l’on parle de radicalisme “islamiste” ou “islamique”, l’on a envie de demander : “radical par rapport à quoi” ? Par rapport au droit ? Pas vraiment, puisque nombre de pratiques ou de positions sont ou ont été qualifiées de radicales voire d’extrêmes sans pour autant qu’elles soient ou qu’elles furent illégales. Le niqab et la burqa par exemple ont été qualifiés de la sorte avant même qu’une loi vienne en interdire le port en public. Par rapport à la morale ? La morale est une notion très floue, multiple et très subjective, sans repère aisément identifiable. Par rapport à la violence ? La violence est une notion trop variable : la violence réelle, symbolique, contre soi, contre les autres… Pour reprendre comme exemple le port de la burqa avant son interdiction, si l’on admet un radicalisme avec comme borne de référence la notion de violence, comment pourrait-on qualifier de radical le port de ce vêtement lorsque celui-ci est volontaire et assumé ? Il faudrait alors condamner les actes de violence réels ou symboliques contre soi.

La notion de “radicalisation de la laïcité” utilisée par E. Macron le 21 décembre 2017 est, quant à elle, beaucoup plus acceptable. En effet, la laïcité est du ressort du droit. Les bornes référentielles sont celles-ci. Dit autrement, lorsque l’on dit ici « radical », c’est radical par rapport au droit ou aux textes juridiques idoines.

Alors que la laïcité, de par son traitement médiatique principalement, connaît une vulgarisation et donc un glissement d’un sens juridique vers un sens communnotamment depuis 1989 et les premières affaires du voile à l’école, on note à travers ce passage d’un domaine à l’autre des modifications quant à sa définition et ce vers quoi le terme peut renvoyer. La paranoïa par exemple est un terme issu de la psychiatrie et de la psychologie qui connu lui aussi un glissement de ces disciplines vers le sens commun. Ce glissement se traduit par une perception simplifiée voire caricaturale et déformée de la notion en question. Lorsqu’une personne utilise ce terme, personne ne cherche à constater les signes cliniques de la maladie. La laïcité répond au même mécanisme. Pour beaucoup, la laïcité c’est l’interdiction du fait religieux dans “l’espace public” ou sa relégation à la sphère privée. L’idée que la laïcité s’applique aux citoyens en général est aussi très répandue, alors qu’elle s’applique spécifiquement à l’Etat, à ses institutions, à ses agents et à ses fonctionnaires. Le cas des usagers à travers l’école est quant lui exceptionnel. Faire dire à la laïcité ce qu’elle ne dit pas, et plus précisément lui faire interdire ce qu’elle n’interdit pas revient à “radicaliser” la notion, c’est à dire à lui donner un aspect extrême. Extrême par rapport au droit. L’expression “radicalisation de la laïcité” devient alors tout à fait défendable.


Les propos de Laurence Rossignol sur les femmes musulmanes voilées qui sont comparables aux “nègres américains qui étaient pour l’esclavage”.

Category : politique

Il n’est pas dans mes habitudes de rebondir sur l’information médiatique quotidienne. Non seulement parce que je considère que ce serait répondre à de mauvaises questions, à de mauvaises problématiques et parce que je préfère une réflexion de structure, une réflexion qui s’intéresse à la mécanique des choses plutôt que poser la pensée sur un événement éphémère.

Cela dit, exceptionnellement je déroge à la règle. Je souhaite rebondir sur les propos de la ministre Laurence Rossignol en charge de la Famille qui, ce matin ce mercredi 30 Mars 2016 sur BFM TV, compare, entre autre, les femmes musulmanes aux « nègres américains qui étaient pour l’esclavage ».

Il ne s’agit pas vraiment de réagir sur ce type de propos d’une pauvreté dont on ne peut être que navré pour la personne qui les prononce, mais de revenir sur les problèmes qu’ils mettent en lumière. Crier à l’islamophobie ne m’intéresse pas. Non seulement l’islamophobie ne choque pas grand monde si ce n’est les intéressés, et en plus, on ne revient pas sur les causes et les conséquences du problème sans compter que de nos jours, on peut légitimement ressentir un certain ecoeurement face à toutes ces “phobies” qui concernent désormais tout et n’importe quoi.

Ethnocentrisme et évolutionnisme comme trame de fond

Doit-on s’offusquer des propos tenus par la ministre ? Oui et non. Ce ne sont pas les plus intelligents qui gouvernent. Il ne faut pas s’attendre à la révolution intellectuelle ou à la rupture épistémologique quelle qu’elle soit de la part du politique. L’esprit intelligent est toujours en mouvement, en rupture. Il n’est jamais satisfait. Il est dans un processus d’évolution constant. Il ne cesse de questionner, se trouvant dans un état perpétuel d’inconfort qui interdit l’idée de certitude ultime et perpétuelle.
Les propos de la ministre ne sont en rien nouveaux. Ils s’inscrivent dans la logique et la continuité de la pensée coloniale. Il s’agit d’une posture essentialiste et ethnocentrique qui veut voir chez l’autre (ici le musulman avec en arrière plan l’arabe) et ses pratiques (l’islam) un être abject, arriéré et sauvage qu’il convient non plus vraiment d’éclairer mais surtout de dénoncer et d’humilier faut d’avoir pu le corriger..

Les propos de la ministre mettent en lumière un évolutionnisme historique et culturel par la voie d’un « universalisme analogique » c’est à dire qu’ils reflètent l’idée que notre histoire, parce que nous l’avons vécue comme telle est naturelle, forcement universelle, qu’il existe des niveaux hiérarchisés au sein des peuples dans le domaine politique, culturel, intellectuel et social (hiérarchisé par qui peut-on se demander?), qu’il existe donc des peuples en avance, d’autres en retard avec l’idée de fond que le modèle et la norme à suivre c’est nous (France ? Français ? Occident ? Pays dits démocratiques ? Laïcs ? )

La ministre évoque un parallèle curieux entre les vêtements, la mode, et les modes de vie en prenant comme exemple le dévoilement du corps des femmes en France qui suivrait l’évolution des libertés féminines en matière d’éducation, d’économie etc. Pour elle, le voile islamique c’est l’enfermement des corps et la négation de la liberté. On voit bien ici que du fait de l’accroissement des libertés féminines supposément accompagné d’un dévoilement synchronisé et progressif (en France ou en Europe) des corps, cela doit forcement être la norme de référence et par conséquent l’unique chemin à suivre pour l’humanité. Or, des femmes musulmanes fréquentent les bancs de l’université, acquirent cette liberté intellectuelle si chère à la ministre et sont voilées ou décident de se voiler. Le parallèle de la ministre ne tient pas.  Le dévoilement des corps n’a visiblement pas libéré de l’ethnocentrisme et de l’illusion de la vérité universelle…

Confier aux marques et à la mode des responsabilités sociales…

La ministre nous enseigne que les marques ont une responsabilité sociale. Quelle curieux argument. Si la mode, avec tout ce qu’elle contient d’éphémère, de vil et de discriminant possède un devoir social, autant confier au diable la gestion de la vertu et de la morale. Dans une société au marché déifié, dérégulé, ou l’individu est déshumanisé, réduit à un agent de consommation dont le potentiel financier et d’épargne fait de vous une abomination ou un modèle à suivre,  dans laquelle la morale est fonction des finances, il est vraiment inquiétant de vouloir déléguer ou ne serait ce que de vouloir confier à la mode et aux marques donc au marché une quelconque forme de devoir social…

Idéologie contre idéologie

Dernier point, le combat idéologique. Nous sommes passés ces dernières années d’une laïcité qui autorise la visibilité et la pratique religieuse dans le public et impose la neutralité religieuse des institutions et agents de l’État, à la laïcité falsifiée pour reprendre Jean Bauberot, qui interdit à certains la pratique et la visibilité religieuse dans l’espace public et qui impose désormais l’obligation de neutralité à certains usagers. Par la suite, nous sommes passés à « la république » (lois de la république, morale républicaine, esprit de la république…) sans vraiment savoir de quoi il s’agit. Visiblement, il s’agirait de normes et valeurs supérieures qui fonderaient une forme de condition à l’appartenance nationale et/ou sociale ainsi qu’à une forme d’évolution culturelle, intellectuelle, morale et civilisationnelle.
La position de la ministre reflète une dichotomie entre un « eux » et un « nous ». On ne peut pas vraiment être musulman et bon français. Il faut d’abord le prouver. Et pour le prouver vous devez être républicain avant tout. De cette manière, vous serez libre et féministe à notre manière. La bonne manière. C’est pour cela qu’il est nécessaire de placer l’amour de la république avant l’islam et de se considérer d’abord comme républicain avant d’être musulman. Autrement, il s’agit d’activisme politique et religieux. Une femme qui se voile ne peut pas être autre chose.

Il y a là une référence claire à la théorie de l’étiquetage et par ce biais, nous assistons à la création par l’État lui-même, d’une altérite idéologique antagoniste artificielle. L’État, en apposant volontairement et artificiellement sur certains individus des stigmates, génère lui même les individus et les positions idéologiques qu’il prétend combattre. Un peu comme dans le cas des maladies auto-immunes sauf que dans ce cas, l’auto-agression est involontaire et n’est pas le fruit de la volonté…                                  La ministre évoque la certitude que ce sont les « salafistes » (définition?) qui imposent le voile et qui par la même occasion, évaluent et déterminent le bon musulman du mauvais. Mais comment ne pas voir que la ministre, plus généralement l’État se prête exactement au même exercice ?

Être intelligent ou gouverner, il faut choisir.

 


La politique ou la negation de l’Homme.

Category : politique

Je me demande si la France dans ses institutions et les français dans les conceptions politiques qui sont les leurs ont vraiment fait un jour le deuil de la royauté. Le souhait d’un état fort, omniscient, omnipotent, responsable de tout, devant gérer “les impondérables de la vie authentique” dans leur entièreté voire dans leur absurdité m’amènent à m’interroger sur cela. Et encore, je ne parle même pas de la figure prophétique du président. Il n’y a qu’a observer les attentes vis-à-vis de lui (en période électorale par exemple) et donc aussi les déceptions qu’il nourrit, les haines et passions pour se rendre compte de la figure toujours vivante du roi. A l’heure ou l’on aime ostensiblement se prétendre athée, je m’amuse de comparer la figure du président à une image d’un prophète attendu et libérateur et, chose d’autant plus ironique que cela est encore plus vrai à l’extrême-droite. Passons.
En période de troubles, les attentes vis-à-vis de l’État sont encore plus fortes. Nous sommes même capables de lui sacrifier un large pan de nos “libertés”. C’est dire les espérances (ou les désespérances) que l’on place en lui.

  • La politique réduit l’Homme à un agent de consommation.

Mais qu’attendre d’un État ou d’une politique, je ne dis pas d’un gouvernement, dont la conception de l’individu se réduit à l’état d’agent de consommation? Que dire d’une politique qui conçoit la vie et la mort, et donc l’existence, en terme de consumérisme? Que penser d’une conception du “moral” (sous entendu des ménages) qui se réduit à la prise en compte et à l’évaluation du pouvoir d’achat et/ou d’épargne des individus?
En réalité, c’est toute la politique qui est fondée sur l’Homme comme consommateur potentiel. Cela est tout aussi vrai en ce qui concerne des domaines pourtant à première vue eloignés du concept de consommation comme l’éducation par exemple. Les politiques de l’éducation ne sont pensées que dans ce sens. Attendre du ou de la ministre de l’Éducation nationale (pour prendre le cas français), la mise en place d’une politique d’équité ou d’une politique basée sur des postures morales, humaines ou philosophiques honorables est une attente inutile. L’école n’est pensée qu’en terme de renouvellement des classes ou catégories sociales, économiques et professionnelles existantes ou prévues. Quelle est la trame de fond de tout cela? L’économie encore une fois. Les écoles des quartiers aisés fournirons les cadres supérieurs, les patrons et les élites, celles des zones pavillonnaires moyennes: les cadres et “employés moyens”, et les écoles dans les quartiers pauvres et/ou difficiles fourniront les “chômeurs utiles” et/ou les agents du salariat (pour éviter le mot d’ouvrier) et cela, sans que la politique ne s’en trouve gênée ou confuse. L’égalité des chances? Un symbole ou plutôt un slogan. La politique ne s’embête même plus avec des symboles. Elle s’inspire de la publicité. Les slogans suffisent. Les orientations professionnelles que nous prendrons seront fonction de nos origines économico-sociales et géographiques (carte scolaire).

  • La politique internationale est basée sur la même mécanique consumériste.

Les conceptions des relations internationales sont mues par la même mécanique simple. Nos amis sont des partenaires au potentiel de production ou de consommation considérable (Chine, USA, certains pays de l’ Europe, Arabie Saoudite, l’ Inde…). Ceux sur qui s’abat la foudre sont ceux qui consomment peu ou mal (Pays arabes, certains pays d’Afrique, Palestine…)
Idem pour des valeurs dont nous brandissons les étendards comme l’humanisme. Il est tout autant géré par la logique économique. A titre d’exemple, l’ Allemagne qui se vante d’accueillir 1 million de “migrants” ne voit dans cette “opportunité”, car il s’agit bien d’opportunité, que la possibilité d’une relance de l’économie en n’intégrant que des individus capables d’occuper des postes professionnels bien particuliers. Les autres seront “éliminés” naturellement et encouragés à se diriger d’eux même vers la sortie ou bien récupérés par le systeme qui prévoit déjà de pouvoir exploiter les individus non sélectionnés pour des travaux à 3 euros de l’heure voire moins si possible.

  • Une conception politique néfaste qui se répercute ailleurs que sur l’Homme.

La conception économique de l’individu est une logique aux effets délétères qui est un reflet étrange et inquiétant de pays se voulant pourtant éclairés et éclairants. Les effets néfastes d’une telle politique de vie ont même des effets sur la nature et sur la nourriture. Les fruits et légumes sont fades, vides de nutriments, les terres sont épuisées, les animaux deviennent fous, se mutilent, nous les broyons en masse quand il ne servent pas etc.
En réalité, cette conception consumériste de l’individu a des effets néfastes dans bien des domaines…

  • Pour en revenir à la France: les conséquences d’une telle politique

L’argument qui suit peut sembler “venir de loin” mais la logique me semble pourtant immédiatement visible et naturelle. Pourquoi la foudre de la “violence légitime” pour reprendre l’expression de Max Weber, frappe t-elle facilement les “écolos” tout comme sur les musulmans ou l’islam? Parce que les deux veulent sortir d’une conception économique de l’individu. Les inquiétudes des uns se portent sur le respect de l’équilibre naturel de l’écosystème, les inquiétudes des autres reposent sur un ordre social qui ne soit pas fondé sur le travail et la consommation. Résultat les deux sont des menaces aux fondements strictement économiques de l’individu.
On a bien souvent tendance à considérer les problèmes qu’ils soient nationaux ou individuels comme étant exogènes alors que dans bien des cas ils sont le fruit de nos actes. Si l’on prend le cas des jeunes radicalisés qui partent pour la Syrie par exemple ou l’Irak (alors que dans le même cas, on ne mentionne jamais ceux qui partent pour intégrer l’armée israélienne), si l’on étudie les motivations, de quoi peut-on se rendre compte? En dehors du fait que les profils ne sont pas homogènes et qu’ils ont des configurations diverses, certaines tendances de fond reviennent. Ces individus ne trouvent pas ou plus de place dans une société qu’ils perçoivent comme anomique, injuste, sans contours autres que ceux que peuvent apporter le pouvoir économique et donc le pouvoir de consommation. Ils ne parviennent pas à s’accrocher à une conception politique qui ne conçoit l’existence qu’en tant qu’acte d’achat et/ou d’epargne. Ceux que l’on nomme “Djihadistes” tout comme les Hippies sont en réalité dans le même wagon. Les uns refusaient une politique consumériste et productiviste par une forme d’auto-marginalisation, la consommation de “substances modificatrices de conscience” (drogues pour faire simple) et la volonté de vivre un monde aux contraintes faibles et les seconds, souhaitent par la violence créer un monde nouveau, utopique, aux contraintes fortes et au contrôle social sans cesse renforcé.
On comprend donc que le problème ici, est en partie le fruit de la politique telle que nous la concevons. Aussi, j’ai toujours trouvé très étrange de vouloir chercher des solutions auprès ceux qui créent ou entretiennent un problème. Plus de politique pour régler les problèmes que nous rencontrons est contre-productif.

Il ne s’agit pas d’anarchie et de vivre sans lois ni règles mais plutôt d’être capable de sortir des catégorisations de la pensée que le “systeme” (au sens que l’on retrouve au sein de l’école de Palo Alto) propose, que nous acceptons de manière docile, et de nous affranchir ainsi d’une réflexion construite à partir d’éléments préfabriqués et déjà existants. Implorer la politique pourtant refusant la nature humaine de l’homme (ce n’est pas tautologique) pour réduire ce dernier à l’état d’unité potentielle de consommation est vraiment une conduite irrationnelle. Il faut une autre conception de l’Homme.
Ni “la gauche”, ni “la droite” ne seront une alternative à quoi que ce soit. Si vous êtes à gauche, vous n’êtes plus à droite. Si vous êtes à droite vous ne pouvez plus être à gauche. Si vous n’êtes nul part, vous êtes prêt à aller dans toutes les directions. La pensée quand elle est la plus efficace est dans cet état de liberté: ni contrainte, ni contenue mais fluide avec des facultés d’ubiquité qui apparaissent aussitôt.


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