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La “guerre” fallacieuse au moyen-orient et son traitement mediatique.

Dyssynchronie et consommation

Dans nos sociétés hyper-connectées, le poids des mots prend paradoxalement une place de plus en plus importante en terme d’impact souhaité sur l’individu, alors que, la lecture principalement sur le net, se fait sous l’angle sans cesse plus grand de la superficialité et de la consommation: on ne lit plus l’information, on la consomme. Cette consommation grandissante ne peut aller de paire qu’avec un accroissement toujours plus rapide de la péremption des produits (obsolescence), de l’info. L’ utilisation des mots est constamment poussée par la logique du “toujours plus spectaculaire”. Face à cet info rapide (flash info), courte (tweet), il faut compenser le manque de profondeur par du spectaculaire. Ainsi, des mots comme “nazi“, “génocide”, “guerre” se banalisent et sont évoqués à tout bout de champ dans le langage qu’il soit politique, médiatique ou quotidien.

Des questions qui se posent…

Cette banalisation est problématique. Devant une information de moins en moins informative et de plus en plus spectaculaire, nous assistons à un appauvrissement de la “substance informationnelle”. Au passage, de ce constat, de nombreuses questions ou remarques peuvent apparaître: – Quel est l’intérêt de défendre un droit à l’information souvent revendiqué par les journalistes face une information erronée, peu fiable ou très orientée ? -Peut-on encore parler d’éthique journalistique face à cette course au spectacle, à la rapidité, nuisant indubitablement au réalisme et à la qualité? – Qu’en est-il de la liberté d’expression face à cette prison du toujours plus qui ne sert finalement qu’une logique mercantile qui ne produit en fin de compte qu’une caricature voire, une vision complètement déformée de l’actualité?

Un exemple tristement concret

La “guerre” au moyen-orient entre Israël et la Palestine est un exemple ô combien triste et parlant. Le terme de “guerre” est une illustration de ce langage abusif tout comme il illustre ce que nous avons souligné en amont. Le mot est trompeur. Il invite à penser à une forme “d’échange” à armes égales entre Israël et les palestiniens. Les termes utilisés par les médias vont dans ce sens (obus, missiles, mortiers, roquettes utilisés par les palestiniens). Or, on remarque qu’on lisse vers le bas l’arsenal utilisé par Israël (bombardement aériens, aviation de combat, missiles, drones, technologie satellitaire ne sont que rarement évoqués). Le résultat donne l’image d’une guerre équilibrée entre 2 armées dont les échanges constituent le spectacle informatif. Il n’en est rien. Il ne s’agit pas de 2 armées qui s’affrontent mais d’une armée israélienne face à un groupe politique palestinien élu démocratiquement, qualifié au passage d’islamiste car n’étant pas au goût des occidentaux, qui n’est en aucune manière une armée au sens militaire du terme: ce sont des civils, tout comme ceux qui font les frais des attaques Israéliennes. Les armes palestiniennes sont des armes du désespoir face à la technologie pointue de Tsahal: souvent des roquettes artisanales lancée au hasard, sans guidage technologique, et quasiment sans impact notable car étant interceptés en plein vol par le “dôme de fer” , faisant la joie de familles israéliennes se photographiant en souriant avec en arrière plan ces roquettes interceptées. Un mort israélien comme le dit Michèle Sibony, membre de l’ Union Juive Française pour la Paix et tout le monde connaît son prénom, sa photo, le nom de ses parents, son CV , alors qu’un palestinien…
Comment parler de guerre en comparant le nombre de victimes de part et d’autre: 800 morts et 5 000 blessés coté civils palestiniens et 35 morts dont la quasi totalité sont des soldats coté israélien? Comment laisser penser à une guerre à armes égales alors que Gaza est littéralement un camp de concentration ou la densité de population est une des plus importante au monde, ou la pauvreté l’est également et ou la dignité humaine est soumise au bon vouloir israélien (blocus) ! Le droit à Gaza est une chimère. Liberté à Israël de détenir sans jugement ni procès, de manière arbitraire un individu, de détruire sa maison, de confisquer ses terres, d’user de représailles financières contre le peuple palestinien si celui-ci ose demander une protection de l’Onu comme ce fut le cas le 10 avril 2014 et ainsi de suite. La liste est longue. Cette situation dure depuis plus de 60 ans. Les adultes palestiniens d’aujourd’hui sont nés et ont grandi avec cette situation. La France à connu une situation analogue durant la seconde guerre mondiale avec une occupation qui n’a duré que 3 ans et demi et elle chante les louanges de ses héros résistants durant les commémorations et les cours d’histoire mais les politiques autant que les médias refusent ce terme pour les palestiniens, préférant leur accoler une forme de suspicion toujours tapie dans l’ombre : celle du terroriste, du martyre fanatique fou d’ Allah, ou, comble de l’ironie voire de l’absurdité sémantique: de l’antisémite (comme si le palestinien n’était pas un sémite…). Inversement,  elle se tait sur ces français qui partent en Israël, intégrer l’armée de Tsahal pour faire la guerre a Gaza alors qu’elle se penche et s’indigne sur le cas des “djihadistes” qui partent combattre en Syrie, ou en Irak.

Analyse rapide d’un des nombreux dysfonctionnements…

Le traitement de l’information en France et à l’étranger sur ce qu’il se passe à Gaza est, nous le voyons bien, problématique. Il est loin de refléter la réalité du terrain. La perte substantielle du concept d’information, de son contenu ainsi que les dérives qui accompagnent ces phénomènes doivent nous pousser à toujours plus de prudence et de vigilance face à une sorte de monopole informatif. Aussi, le mécanisme journalistique mérite d’être connu : les journalistes ont une source à laquelle ils s’abreuvent tous : l’ AFP. Pour le reste, Bourdieu l’a très bien démontré : les journalistes ne regardent pas le monde, ils ne regardent que ce que les autres journalistes vont faire ou vont publier. Il en résulte une forme de consanguinité médiatique qui produit un double monopole : celui de la source d’où ils tirent leurs infos, et un monopole résultant d’une forme de consensus mutuel plus ou moins involontaire fruit d’une pathologie acquise du système informationnel, voir tout simplement d’un manque de goût et d’intérêt pour le travail bien fait. Et encore, nous n’évoquons même pas les diverses relations incestueuses ou troubles entre les intérêts politiques avec les médias en relation avec la finance et les affaires…

Conclusion

Le savoir journalistique ne doit jamais faire l’impasse de la maîtrise d’autres disciplines fondamentales ( sociologie, économie, histoire, géographie, géopolitique etc) qui permettent une compréhension plus globale, plus sure et qui permettent avant tout, une autonomie de la pensée libérée des diktats et des jougs des exigences quotidiennes d’un monde qui avance sans savoir vraiment ou il va.

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