politique

La politique ou la negation de l’Homme.

Je me demande si la France dans ses institutions et les français dans les conceptions politiques qui sont les leurs ont vraiment fait un jour le deuil de la royauté. Le souhait d’un état fort, omniscient, omnipotent, responsable de tout, devant gérer “les impondérables de la vie authentique” dans leur entièreté voire dans leur absurdité m’amènent à m’interroger sur cela. Et encore, je ne parle même pas de la figure prophétique du président. Il n’y a qu’a observer les attentes vis-à-vis de lui (en période électorale par exemple) et donc aussi les déceptions qu’il nourrit, les haines et passions pour se rendre compte de la figure toujours vivante du roi. A l’heure ou l’on aime ostensiblement se prétendre athée, je m’amuse de comparer la figure du président à une image d’un prophète attendu et libérateur et, chose d’autant plus ironique que cela est encore plus vrai à l’extrême-droite. Passons.
En période de troubles, les attentes vis-à-vis de l’État sont encore plus fortes. Nous sommes même capables de lui sacrifier un large pan de nos “libertés”. C’est dire les espérances (ou les désespérances) que l’on place en lui.

  • La politique réduit l’Homme à un agent de consommation.

Mais qu’attendre d’un État ou d’une politique, je ne dis pas d’un gouvernement, dont la conception de l’individu se réduit à l’état d’agent de consommation? Que dire d’une politique qui conçoit la vie et la mort, et donc l’existence, en terme de consumérisme? Que penser d’une conception du “moral” (sous entendu des ménages) qui se réduit à la prise en compte et à l’évaluation du pouvoir d’achat et/ou d’épargne des individus?
En réalité, c’est toute la politique qui est fondée sur l’Homme comme consommateur potentiel. Cela est tout aussi vrai en ce qui concerne des domaines pourtant à première vue eloignés du concept de consommation comme l’éducation par exemple. Les politiques de l’éducation ne sont pensées que dans ce sens. Attendre du ou de la ministre de l’Éducation nationale (pour prendre le cas français), la mise en place d’une politique d’équité ou d’une politique basée sur des postures morales, humaines ou philosophiques honorables est une attente inutile. L’école n’est pensée qu’en terme de renouvellement des classes ou catégories sociales, économiques et professionnelles existantes ou prévues. Quelle est la trame de fond de tout cela? L’économie encore une fois. Les écoles des quartiers aisés fournirons les cadres supérieurs, les patrons et les élites, celles des zones pavillonnaires moyennes: les cadres et “employés moyens”, et les écoles dans les quartiers pauvres et/ou difficiles fourniront les “chômeurs utiles” et/ou les agents du salariat (pour éviter le mot d’ouvrier) et cela, sans que la politique ne s’en trouve gênée ou confuse. L’égalité des chances? Un symbole ou plutôt un slogan. La politique ne s’embête même plus avec des symboles. Elle s’inspire de la publicité. Les slogans suffisent. Les orientations professionnelles que nous prendrons seront fonction de nos origines économico-sociales et géographiques (carte scolaire).

  • La politique internationale est basée sur la même mécanique consumériste.

Les conceptions des relations internationales sont mues par la même mécanique simple. Nos amis sont des partenaires au potentiel de production ou de consommation considérable (Chine, USA, certains pays de l’ Europe, Arabie Saoudite, l’ Inde…). Ceux sur qui s’abat la foudre sont ceux qui consomment peu ou mal (Pays arabes, certains pays d’Afrique, Palestine…)
Idem pour des valeurs dont nous brandissons les étendards comme l’humanisme. Il est tout autant géré par la logique économique. A titre d’exemple, l’ Allemagne qui se vante d’accueillir 1 million de “migrants” ne voit dans cette “opportunité”, car il s’agit bien d’opportunité, que la possibilité d’une relance de l’économie en n’intégrant que des individus capables d’occuper des postes professionnels bien particuliers. Les autres seront “éliminés” naturellement et encouragés à se diriger d’eux même vers la sortie ou bien récupérés par le systeme qui prévoit déjà de pouvoir exploiter les individus non sélectionnés pour des travaux à 3 euros de l’heure voire moins si possible.

  • Une conception politique néfaste qui se répercute ailleurs que sur l’Homme.

La conception économique de l’individu est une logique aux effets délétères qui est un reflet étrange et inquiétant de pays se voulant pourtant éclairés et éclairants. Les effets néfastes d’une telle politique de vie ont même des effets sur la nature et sur la nourriture. Les fruits et légumes sont fades, vides de nutriments, les terres sont épuisées, les animaux deviennent fous, se mutilent, nous les broyons en masse quand il ne servent pas etc.
En réalité, cette conception consumériste de l’individu a des effets néfastes dans bien des domaines…

  • Pour en revenir à la France: les conséquences d’une telle politique

L’argument qui suit peut sembler “venir de loin” mais la logique me semble pourtant immédiatement visible et naturelle. Pourquoi la foudre de la “violence légitime” pour reprendre l’expression de Max Weber, frappe t-elle facilement les “écolos” tout comme sur les musulmans ou l’islam? Parce que les deux veulent sortir d’une conception économique de l’individu. Les inquiétudes des uns se portent sur le respect de l’équilibre naturel de l’écosystème, les inquiétudes des autres reposent sur un ordre social qui ne soit pas fondé sur le travail et la consommation. Résultat les deux sont des menaces aux fondements strictement économiques de l’individu.
On a bien souvent tendance à considérer les problèmes qu’ils soient nationaux ou individuels comme étant exogènes alors que dans bien des cas ils sont le fruit de nos actes. Si l’on prend le cas des jeunes radicalisés qui partent pour la Syrie par exemple ou l’Irak (alors que dans le même cas, on ne mentionne jamais ceux qui partent pour intégrer l’armée israélienne), si l’on étudie les motivations, de quoi peut-on se rendre compte? En dehors du fait que les profils ne sont pas homogènes et qu’ils ont des configurations diverses, certaines tendances de fond reviennent. Ces individus ne trouvent pas ou plus de place dans une société qu’ils perçoivent comme anomique, injuste, sans contours autres que ceux que peuvent apporter le pouvoir économique et donc le pouvoir de consommation. Ils ne parviennent pas à s’accrocher à une conception politique qui ne conçoit l’existence qu’en tant qu’acte d’achat et/ou d’epargne. Ceux que l’on nomme “Djihadistes” tout comme les Hippies sont en réalité dans le même wagon. Les uns refusaient une politique consumériste et productiviste par une forme d’auto-marginalisation, la consommation de “substances modificatrices de conscience” (drogues pour faire simple) et la volonté de vivre un monde aux contraintes faibles et les seconds, souhaitent par la violence créer un monde nouveau, utopique, aux contraintes fortes et au contrôle social sans cesse renforcé.
On comprend donc que le problème ici, est en partie le fruit de la politique telle que nous la concevons. Aussi, j’ai toujours trouvé très étrange de vouloir chercher des solutions auprès ceux qui créent ou entretiennent un problème. Plus de politique pour régler les problèmes que nous rencontrons est contre-productif.

Il ne s’agit pas d’anarchie et de vivre sans lois ni règles mais plutôt d’être capable de sortir des catégorisations de la pensée que le “systeme” (au sens que l’on retrouve au sein de l’école de Palo Alto) propose, que nous acceptons de manière docile, et de nous affranchir ainsi d’une réflexion construite à partir d’éléments préfabriqués et déjà existants. Implorer la politique pourtant refusant la nature humaine de l’homme (ce n’est pas tautologique) pour réduire ce dernier à l’état d’unité potentielle de consommation est vraiment une conduite irrationnelle. Il faut une autre conception de l’Homme.
Ni “la gauche”, ni “la droite” ne seront une alternative à quoi que ce soit. Si vous êtes à gauche, vous n’êtes plus à droite. Si vous êtes à droite vous ne pouvez plus être à gauche. Si vous n’êtes nul part, vous êtes prêt à aller dans toutes les directions. La pensée quand elle est la plus efficace est dans cet état de liberté: ni contrainte, ni contenue mais fluide avec des facultés d’ubiquité qui apparaissent aussitôt.

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