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Oui je condamne, non je ne suis pas Charlie.

La condamnation des actes meurtriers de ces derniers jours est unanime et cela à juste titre. Rien ne peut justifier les agissements en question.
Face à des situations extrêmes, subites et violentes, on note généralement une déconnexion généralisée de l’intellect avec une apparition subite d’un symbolisme exacerbé voir d’un symbolisme primaire. Cet état particulier engendre une forme de repli avec un retour vers des notions charriant des idées rassembleuses, souvent patriotiques, historiques ou encore philosophiques qui se veulent fondements du groupe, ici la nation. Nous en avons eu une illustration ces derniers jours: évocation de l’unité nationale, de la philosophie des Lumières, de ses acteurs principaux, des personnages politiques fondateurs… On souligne aussi l’apparition de slogans (« Je suis Charlie », « pas en mon nom »…) souvent relayés par les médias de masse ou les réseaux sociaux. Cette phase, génère un retour et un repli sur soi comme c’est d’ordinaire le cas lors d’ épisodes dépressifs par exemple. C’est une phase qui permet de se concentrer sur soi et de se recentrer sur l’essentiel. Ici, le phénomène permet d’aller de l’avant d’un pas commun pour surpasser le traumatisme.
Mais il ne faut pas que ce repli soit le prétexte à des réactions simplistes et primaires. Qu’il ne soit pas la cause de discours populistes qui généralisent, qui suspectent, qui rejettent, qui excluent. Qu’il ne soit pas non plus vecteur d’une pensée unique, binaire ou imposée.
Oui je condamne et déplore cet assassinat, non « je ne suis pas Charlie ».
Oui je combattrai l’ignominie et suis attaché à la liberté d’expression, non je n’appréciais pas pour autant Charlie hebdo, non je n’avais pas la même conception de la liberté d’expression et non je n’acheterai pas le prochain numéro.
Oui je suis choqué du meurtre de ces journalistes mais je suis choqué de la même manière du meurtre de quiconque, qui qu’il soit. Pas plus, pas moins. Non je ne suis pas choqué parce qu’il s’agissait de journalistes ou parce qu’ils étaient spécifiquement français, mais je suis choqué car il s’agissait d’êtres humains. Je rejette toute forme de sélectivité, de tribalisme, de communautarisme ou de sectarisme dans mon indignation comme c’est trop souvent le cas malheureusement… Là réside l’humanisme véridique ou du moins honnête.
Les appels, ou plutôt les injonctions de condamnation exigés des musulmans représentent une dérive et sont intolérables. Ils ne sont plus considérés comme citoyens mais d’abord comme musulmans ayant obligatoirement de prés ou de loin, un lien d’ordre essentialiste avec le radicalisme religieux. Comme s’il ne pouvaient pas être spontanément effarés par cette tuerie, étant dans le même temps potentiellement enclins à la tentation fanatique…
L’émotion, le choc et la colère ne doivent pas non plus disqualifier l’analyse calme et rationnelle, de même que la prudence dans les conclusions qui nous sont proposées.
Que ce soit dans le passé proche ou plus lointain, les médias de masse n’ont guère brillé de par leur objectivité, leur impartialité ou leur justesse. La prudence, la pondération, la solidarité et l’attitude responsable restent les positions les plus raisonnables à adopter, même dans les moments dramatiques comme celui-là.

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