societé/sociologie

Le style littéraire en sociologie

Plus globalement, j’aurais pu évoquer “le style littéraire au sein de la littérature scientifique”, ou plutôt, l’intérêt du style dans les écrits scientifiques.

En réalité la question se pose à moi depuis de nombreuses années. En effet, j’ai toujours été un très mauvais élève. Enfant, puis adolescent, les lectures imposées (souvent par le cadre scolaire) avaient le don de me mettre dans une colère folle alors que j’adorais lire. Je n’évoque pas un simple désintérêt mais une réelle colère. Pourquoi? A cause du style rédactionnel.
En effet, certains ouvrages et certaines lectures me semblaient, en plus d’être inintéressants (c’est subjectif donc tout aussi inintéressant) ,être rédigés dans un style volontairement compliqué comme pour écarter certains lecteurs. C’est quelque chose qu’il m’est arrivé de remarquer à de nombreuses reprises alors qu’en revanche, certains livres se lisent d’un seul coup, d’une seule traite, sans voir le temps passer tellement ils nous sont agréables.

A 34 ans, je suis toujours confronté au même problème. Mes lectures sont certes davantage scientifiques ou spécifiques mais le problème existe ici aussi. Certains livres sont passionnants, d’autres pas du tout. Certains ouvrages ont un sujet attrayant mais sont très vite abandonnés du fait d’un style littéraire désagréable et ne donnent pas envie d’en lire plus.

En sociologie, la question du style ne devrait pas être. Vouloir donner un ou des effets stylistiques à ses écrits, c’est ajouter une problématique autre que celle de départ et de surcroît inutile. Le seul souci de style qui vaille est celui qui vise à une compréhension par tous. Que le poète ou l’écrivain cherche des effets de style complexes et élaborés peut sembler logique mais que le sociologue puisse avoir la même préoccupation:non. Sa préoccupation majeure doit encore une fois résider dans le fait de n’exclure personne du fait d’un style volontairement ou involontairement pénible à lire. Comme est pénible à lire celui qui veut être ou paraître autre que ce qu’il n’est vraiment…

La quête du style a pu amener à des dérives et l’exemple Maffesoli (sociologue spécialisé dans l’imaginaire) en est une excellente illustration à travers un canular qui tendait à démontrer l’absurdité, voire l’illusion ou meme l’erreur dans laquelle le souci excessif du style peut nous amener.
En effet, deux sociologues ont crée un article “bidon” au contenu complètement farfelu et dénué de sens mais dans un style littéraire très proche de celui utilisé par Maffesoli. Résultat: en racontant n’importe quoi mais dans la forme qui convient, l’article en question à pu être publié sans problème dans la revue de ce dernier.

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/03/un-canular-sociologique-décortique-le-maffesolisme.html
Jamais un radiologue n’ira se lancer des alexandrins pour établir son compte-rendu. Ses observations sont courtes, claires et précises. Il va immédiatement à l’essentiel. Certes, son compte-rendu s’adresse à des collègues maîtrisant la même terminologie mais le souci de concision et de précision demeure. Le sociologue devrait avoir le même soucis, que sa sociologie soit descriptive ou compréhensive, qu’importe.
Certes, la complexité de certains sujets ou de certaines notions ou encore de certaines procédures analytiques ou conceptuelles amènent nécessairement vers des sophistications parfois importantes mais il appartient au chercheur de ne pas les mystifier pour les rendre volontairement obscures et cela dans le but ou l’espoir (ou devrais-je dire désespoir dans ce cas) de paraître important ou de maîtriser une discipline et une terminologie inaccessible au non-initié…
En revanche, la responsabilité est double: il convient aussi au lecteur, non de faire l’effort de s’adapter au style, mais de faire des recherches actives face à des concepts qu’il maîtrise pas toujours. Einstein ne s’estimait pas plus intelligent que les autres mais plus curieux.

En définitive, la quête du style en sociologie n’est qu’une quête du paraître. La quête du paraître cache un obscur objectif qui dissout en profondeur la sincérité de la démarche et son caractère noble.
A une pensée complexe ne répond certes pas toujours un travail de vulgarisation mais le partage de la connaissance doit être le moteur principal des démarches qu’elles soient démonstratives, explicatives ou autres. Finalement, la plus grande qualité pour un chercheur ou simplement pour celui qui tente de montrer un chemin est celle qui consiste à s’adapter à son auditoire pour délivrer son message le plus efficacement possible tout en se libérant de son propre ego autant qu’il le peut.

2 Comments

  1. Réflexion intéressante. Sur la réception du message je pense que c’est vraiment variable en fonction des gens et que ça dépend beaucoup de nos critères personnels et des dispositions qu’on a à trouver une chose passionnante. Ta dernière phrase sur ça est très juste quand tu dis que ” la plus grande qualité pour un chercheur ou simplement pour celui qui tente de montrer un chemin est celle qui consiste à s’adapter à son auditoire pour délivrer son message le plus efficacement possible tout en se libérant de son propre ego autant qu’il le peut “. Néanmoins je ne pense pas qu’il faille juger si sévèrement la question du style d’écriture, qui n’est pas forcément produit dans le but de se faire mousser, mais qui dépend beaucoup des inspirations de chacun. Ceux qui s’inspirent de la littérature utiliseront spontanément plus de figures de styles et autres procédés littéraires, ceux qui ont des penchants pour les sciences dures auront plus tendance à utiliser des tableaux, des graphiques, et autres schémas explicatifs. Un bon vulgarisateur mélangera les procédés, passant de la métaphore littéraire au graphique (simplifié) scientifique, en veillant toujours à adapter son discours au public visé.
    Le problème majeur que peut connaître la littérature c’est de noyer le message dans la forme. Que la forme se suffise à elle-même. Évidemment la science aussi à ses problèmes, comme son inaccessibilité aux non-initiés ou encore son arrogance à tout expliquer. De mon point de vue, la pensée à autant de risque de s’enfermer dans la forteresse science que de s’embourber dans le marrais littéraire. D’autant plus que ce qui détermine en grande partie la science c’est la rationalité de ses théories et donc elle trouve aisément sa place dans la sphère de l’utilité. Certaines littératures comme la poésie sont au-delà de la sphère de l’utilité, certains écrits n’en sont pas moins porteurs d’un sens fort et intuitivement compréhensible.
    Pour moi, c’est donc une force pour la sociologie d’avoir à la fois un héritage philosophique et littéraire fort (puisque la sociologie a été forgée par des penseurs qui étaient aussi des philosophes) et également une assise scientifique indéniable (en affirmant son autonomie par rapport à la philosophie) faisant d’elle une discipline très synthétique et un outil de réflexion indispensable.

    1. Merci pour ta participation et ta contribution même si nos avis divergent par moment sur la question.
      Le problème c’est comment, si on se perd dans des styles spécifiques,pouvons nous toucher un maximum de personnes sans en exclure, ou du moins en n’en excluant le moins possible? Le jargon et les phrases complexes n’intéressent que les spécialistes. Mais le partage de la connaissance c’est élargir l’auditoire et ne laisser personne de coté.

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