societé/sociologie

Prison: une expérience traumatique radicalisante?

La prison est souvent perçue ou considérée comme le point de départ de la radicalisation.
Si des travaux mettent en lumière le fait qu’elle puisse être un lieu de rencontre entre individus « enclins » à la violence armée au nom de revendications sensées être islamiques d’un coté, et réseaux criminels ou délinquants facilitant ainsi l’accès aux armes ou à des contacts de l’autre, on peut également se questionner sur la perspective de la prison comme point de départ “traumatique” vers la radicalisation.

En effet, certains détenus peuvent entrer en contact avec la religion durant leur séjour carcéral et y découvrir la religion musulmane. En d’autres termes: tous n’y entrent pas avec tapis de prière et Coran dans leurs affaires.

La détention peut, chez nombre d’individus, être vécue comme traumatisante : promiscuité, surpopulation, violence entre les détenus, violence des policiers lors des interpellations, isolement, fouille à nu… Un rapport de 2017 du Comité européen pour la prévention de la torture fait par exemple état de dérives au sein des prisons françaises (https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?p=&id=2456451&Site=DC&BackColorInternet=F5CA75&BackColorIntranet=F5CA75&BackColorLogged=A9BACE&direct=true).
Des études montrent que des traumatismes soudains, brefs ou encore de haute intensité tout comme des traumatismes répétés, chroniques ou de basse intensité, induisent des modifications sensibles de la personnalité (Lony SCHILTZ et Barbara HOUBRE, « Pathologie adaptative et troubles identitaires. Résultats d’une enquête exploratoire. », Bulletin de la Société des sciences médicales, n°2, 2005.). Il est permis de s’interroger à propos des impacts possiblement traumatiques du séjour carcéral sur la personnalité du détenu ainsi que sur les modifications qui peuvent en résulter avec « l’appétence » chez certains sujets pour une perspective violente, rigoriste ou littéraliste de la conception et/ou pratique religieuse.

Il ne s’agit pas de remplacer d’autres constats qui ont pu être effectués par d’autres études, mais d’ouvrir une perspective interrogative et réflexive supplémentaire.
Il ne s’agit pas non plus d’affirmer le caractère systématique de ce caractère POSSIBLEMENT traumatique, et encore moins de « victimiser » les acteurs en question mais de souligner l’existence probable d’une autre forme de trajectoire problématique.

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