Lutte contre “l’islam politique” : certains discours “républicains”, politiques et médiatiques doivent être rattachés à la masse des discours “radicalisants”.

Lutte contre “l’islam politique” : certains discours “républicains”, politiques et médiatiques doivent être rattachés à la masse des discours “radicalisants”.

Avant-propos

Les termes entre guillemets sont bien souvent des expressions que je n’utilise pas au sein de mes travaux. Nombreux sont les articles de ce blog qui expliquent pourquoi. Ce sont des expressions souvent vagues et qui ne possèdent aucune valeur scientifique ou informative. Je les assimile davantage à des slogans. L’utilisation de ces termes ici est volontaire et ne vise qu’a mettre en évidence une forme de clin d’oeil ironique face à un manque de precision navrant dans la plupart des productions discursives quelles qu’elles soient.

Contexte

Une tribune politique sur Le Figaro Vox rédigée par une conseillère départementale des Yvelines et un sénateur du groupe Les Républicains, s’insurge contre la décision du président de la Turquie de convertir de nouveau la basilique Sainte-Sophie, jusqu’à ces jours derniers musée, dorénavent en mosquée.

https://www.lefigaro.fr/vox/religion/sainte-sophie-nous-occidentaux-devons-nous-rearmer-face-a-la-montee-de-l-islamisme-20200724

Où réside le problème ?

Des discours “républicains radicaux” ?

Ce qui attire l’attention dans un cadre analytique, ce n’est pas le fait divers constitué par l’émission de cette tribune (après tout, elle est noyée dans la masse et ne changera pas l’Histoire). Pas plus que le souhait de la Turquie à disposer de son patrimoine comme elle le désire, en transformant une de ses églises devenue mosquée, puis musée, puis de nouveau mosquée.

Ce qui m’importe ici, c’est la nature des propos problématiques, tenus dans le cadre d’un discours continu, étalé sur plus de 30 années, et notamment depuis les attentats de 2012 en France sur l’islam et ses dérivés (banlieues, populations issues de l’immigration…). En effet, alors que nous souhaitons lutter contre “la radicalisation” au sein de nos pays, nous avons adopté une voie de lutte qui vise à repérer les discours “radicaux” pour ensuite les empêcher (je reste shématique) : fermetures de salles de prière, expulsions “d’imams radicaux“, fermetures de sites internet… Pour autant, cette dynamique d’action est unilatérale : elle ne vise que les acteurs liés au culte. Elle ne vise jamais les discours problématiques des politiques et des acteurs politiques.

C’est ainsi que je préconise au sein de mes travaux, la nécessité d’ajouter à la masse des écrits et des discours “radicaux” et ou violents, les discours qui se veulent “républicains” et qui sont porteurs d’éléments problématiques. Par “discours” j’entends “productions verbales ou écrites” (dont la tribune dont il est question aujourd’hui par exemple.)

Que comprendre par “discours républicains” ? En quoi certains sont problématiques ?

Naturellement, il n’est pas question d’englober l’ensemble des discours qui souhaitent participer à la lutte contre l’activisme violent, mais plutôt les discours des acteurs politiques, voire des personnalités médiatiques, qui possèdent une force formidable d’écho (les “entrepreneurs de moral” selon le terme de Becker) , et qui mobilisent des éléments qui combinent valeurs, morale, et politique dans une perspective souvent d’opposition comparative mais aussi caricaturale et simpliste (“république contre barbarie” ; “république contre islamisme”…).

L’aspect problématique de ces “discours républicains” réside dans la mobilisation de pensées relatives à un évolutionnisme politique, social ou civilisationnel par exemple.

L’évolutionnisme consiste à placer sur une sorte d’échelle d’évaluation, les degrés d’avancement de pays sur d’autres, de peuples sur d’autres, de sociétés sur d’autres, en fonction non pas de marqueurs économiques ou d’indices particuliers, mais en fonction d’un modèle de gouvernance politique prétendument pensé comme le sommet de l’échelle de l’évolution politique et civilisationnel. Au sommet de ce modèle, se trouverait, bien évidemment l’Occident et son modèle démocratique par exemple. Pour d’autres, ce serait la laïcité. Pour d’autres encore, ce serait la sécularisation et ainsi de suite.

Ainsi, les Etats qui ne seraient pas démocratiques ou laïques par exemple exprimeraient une forme de retard aussi bien politique, que philosophique ou tout simplement humain. Pire encore si des references religieuses surtout islamiques impregnent les sociétés et les États en question. Naturellement et en pratique, au sein de ces discours souvent completement naturalisés (nombreux sont ceux qui ne voient pas le probleme de ce type de pensée), la variable normative de reference serait l’Occident…

Des discours qui mobilisent des stéréotypes douteux voire racistes.

Ces discours problématiques mobilisent des stéréotypes qui font référence a ce type de pensées. En arrière-plan, on retrouve la mobilisation de stéréotypes dégradants, rabaissants, infériorisants ou invitant à penser le retard, voire la sauvagerie des autres, dans une tonalité aussi naturelle que justifiée. Les autres étant très souvent ici arabes et/ou musulmans. La dangerosité des discours étant augmentée par l’aspect naturel des propos tenus. De ce fait, malgré des discours aux relents évolutionnistes voire racistes, jamais les discours ne seront reconnus comme tels par leurs auteurs. Il s’agira, toujours et avant tout, de bon sens et de lutte contre un autre violent et conquérant. D’ou la nécessité de mettre en avant le côté menaçant de l’autre, ici dans la tribune en cause le Turc musulman et son président.

Des discours qui invitent à une forme de violence latente.

Ce type de discours doit absolument integrer la masse des discours invitant à la violence. Je ne dis pas qu’ils doivent etre interdits, je dis qu’ils doivent etre placés au meme rang que les discours “islamiques” perçus comme repréhensibles.

La violence ici n’est jamais directe : “Le conservatisme appelle à un réarmement culturel et civilisationnel de la France“. Il n’est pas question ici de prendre les armes mais d’évoquer la culture et la civilisation. Derrière ces propos, il y a des invitations à l’action voire à la punition politique et collective. Le problème, c’est que la terminologie habituellement utilisée par les médias mais aussi les politiques pour évoquer des déviances liées à un contexte religieux islamique est foncièrement approximative, pauvre, vague et homogeneisante et que, de ce fait, on se doute que ce seront “les musulmans” (qui sont déjà perçus comme un bloc monolithique) mais aussi les individus associés (individus issus de l’immigration, issus des zones de relégations…) qui risquent fort d’être concernés sans distinction comme c’est déjà le cas. À ce titre, l’article cite un rapport du Sénat :

Les islamistes cherchent à peser sur la vie quotidienne et le rapport aux autres des Français de confession musulmane et des musulmans etrangers residents en France, pour leur imposer une orthopraxie, des pratiques vestimentaires, alimentaires, rituelles mais surtout une norme de comportement et de rapport entre les hommes et les femmes, afin de les séparer du reste de la population française“.

On ne peut que remarquer le flou definitionnel et les contre-sens aberrants de la phrase voire sa malhonneteté : les musulmans sont deja mis à l’ecart de la societé, dabord de par leurs origines, puis de part leur islamité https://juridique.defenseurdesdroits.fr/doc_num.php?explnum_id=19856 .

Le non sens absolu, quant à lui, reside dans le fait que cette tentative de definition ou de qualification ( ou plutot de disqualification) constitue 90 % de la definition d’une religion en sociologie !

En d’autres termes, la religion est un mode de d’organisation et de regulation du social. Il pour ainsi dire normal qu’elle impose une “orthopraxie”, des pratiques et des rites et une “norme de comportement”…

Qui plus est, selon l’article : ” C’est ainsi que petit à petit, la société civile est islamisée (…)”. Difficile de ne pas comprendre que la pratique islamique est percue comme un problème…

La violence du discours mis en avant au sein de cet article suggère le constat d’une supériorité naturelle et civilisationnelle du monde perçu comme chrétien et occidental sur le monde musulman et plus précisément turc. Ce complexe de supériorité invite à user d’une forme d’universalisme français porteur de progrès non seulement sur les populations “islamisées” en France, mais aussi à exporter cette vision à l’échelle internationale ainsi que le préconise l’article.

Des propos qui se situent dans une dynamique coloniale.

C’est ainsi qu’il faudrait montrer aux nations musulmanes qu’elles ne doivent pas gérer les Etats qui sont les leurs comme elles le souhaiteraient, mais comme, nous Français éclairés, le souhaitons. Que la Turquie transforme une ancienne église, devenue mosquée, puis musée, de nouveau en mosquée est intolérable et c’est, selon l’article qui évoque des paroles de la Grèce, ” des provocations envers le monde civilisé“… Il est très facile de comprendre derriere ces propos que la mosquée est l’antithese du progrès ou du monde civilisé. Le discours balaie d’un revers de la main la souveraineté d’un Etat à disposer de lui meme et de son partrimoine du fait de sa religion.

Synthèse.

Pour terminer, encore une fois, il ne s’agit pas tellement de rebondir sur le fond de l’article, mais d’observer plusieurs éléments problématiques :

  • De montrer la fascination obsessionnelle de nombreux pans de la sphère politique et médiatique pour l’islam et ses dérivés de manière anarchique du point de vue contextuel : 30 000 morts en France du COVID, dont une masse importante due à des décisions politiques incorrectes mais on s’interesse à la maniere dont la Turquie administre son patrimoine. Tant pis si la Turquie devient depuis quelques années un des pôles les plus productifs dans le monde en matière de recherche scientifique. Tant pis egalement si la Turquie a eu une gestion medicale et sanitaire exemplaire de la crise du COVID. https://www.france24.com/fr/20200627-les-hôpitaux-turcs-érigés-en-modèle-de-bonne-gestion-face-au-covid-19 . Tant pis si la Turquie a inauguré en plein crise sanitaire un des plus grand complexe hospitalier avec un hopital “L’hôpital, construit sur un terrain de presque 800 000 mètres carrés, dispose de 3 pistes d’hélicoptère, se compose de 10 blocs, et a une capacité de 2682 lits et 456 lits de soins intensifs. Il prévoir d’accueillir une capacité de 35000 patients en ambulatoire par jour.https://lepetitjournal.com/istanbul/inauguration-du-complexe-hospitalier-basaksehir-cam-et-sakura-281141
  • De pointer du doigt la mobilisation de stéréotypes infériorisants et degradants invitant à penser la barbarie naturelle de l’autre en raison de sa religion. La violence n’est pas directe mais symbolique et sementique.
  • De pointer du doigt la mobilisation d’une pensée evolutionniste invitant à penser une superiorité normative, culturelle et civilisationnelle des occidentaux et de constater l’inferiorité des autres surtout si musulmans.
  • De pointer du doigt les invitations sous-jacentes souvent à peine deguisée à etablir une forme de pressions et d’actions contraignantes sur des groupes et/ou des Etats, sans distinction, en raison des appartenances religieuses qui sont les leurs.
  • De pointer du doigt la necessité d’integrer certains discours institutionnels, politiques et médiatiques à la masse des discours invitant au rejet ou a la violence, dans le cadre de la lutte contre “la radicalisation”.

EL BAHAR Redwane

Redwane El Bahar

Doctorant en sociologie, je mène une thèse intitulée : "radicalité, radicalisme et radicalisation en lien avec un contexte islamique en France.

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